Au
lendemain de la parution du rapport de la commission Balladur sur la réforme des collectivités territoriales, je vous invite à lire la tribune parue dans "Le Monde" du 26 février 2009 signé
par Michel Destot est président de l'Association des maires de grandes villes de France (AMGVF), député et maire de Grenoble (PS) et Serge Grouard est vice-président de l'AMGVF, député et maire d'Orléans
(UMP)
Cela
commande de mettre fin à l'émiettement : nous aimons tellement nos communes que nous préférons qu'il y en ait 36 000, nous aimons tellement la décentralisation que nous préférons qu'il y ait
quatre échelons ! Nos collectivités ont besoin de règles du jeu claires pour lutter contre l'enchevêtrement
des compétences et des financements qui entrave la performance de leurs politiques publiques. Elles ont besoin de ressources propres et pérennes.
La réforme à construire est donc triple : celle des structures, des compétences et des finances locales. Car le statu quo n'est plus tenable. Sans réforme, nos collectivités, déjà bien fragiles financièrement, vont connaître des lendemains difficiles. Pour autant, la recherche d'un nouveau modèle uniforme sera malaisée : on ne peut traiter de la même manière la région capitale, les grandes aires urbaines et les villages. Pour éviter cet écueil, la réforme devra associer volontarisme et souplesse : une latitude devra être laissée aux décideurs locaux pour trouver la solution la plus adaptée à chaque territoire.
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Lettre ouverte à Monsieur Daniel Goldberg
Député
Calais le 2 avril 2009
Monsieur le Député,
Je souhaitais vous rencontrer en particulier, en tant qu’élu local, dans le cadre de votre mission parlementaire de préparation de la proposition de loi contre le « délit de solidarité ».
Malheureusement, vous nous avez fait savoir que votre emploi du temps ne le permettait pas et que vous nous proposiez une réunion collective en mairie de Calais.
La commune de Calais a mis en place un « conseil de migrants », espace de rencontre et de concertation entre les acteurs locaux concernés par le problème. On y fait un excellent travail qui se traduit par des actions concrètes de soutien aux associations humanitaires.
Cependant, vous n’êtes pas sans savoir que la situation politique à Calais est un peu particulière. La majorité municipale réunit plusieurs composantes (Droite, Centre, Gauche, Non-inscrits) unis par un pacte municipal. Pour autant chaque groupe conserve sa totale liberté d’expression en ce qui concerne les prises de position politiques nationales et internationales. Or le problème de l’immigration de passage dans le Calaisis est un problème international.
Mes convictions de Gauche et mon parcours politique au sein du Parti Socialiste m’amènent à me différencier des autres groupes de la majorité municipale sur la question des migrants. Il est de notoriété publique que je soutiens depuis toujours les personnes et associations qui viennent en aide aux migrants. Je n’ai jamais hésité à leur manifester mon soutien jusqu’à l’intérieur des commissariats de police lorsque des personnes étaient injustement mises en garde à vue.
Il est regrettable que ce soit un film qui mette en lumière la nécessité d’un texte législatif car le problème existe
depuis plus d’une décennie. Une loi visant à protéger les militants humanitaires est certes absolument nécessaire. Encore faut-il qu’elle s’alimente d’un vrai travail de préparation et de
concertation avec les acteurs de terrain. Ce n’est pas en une journée et dans la précipitation que vous règlerez un problème aussi important.
Aussi j’aurai souhaité vous expliquer ce que l’on attend de l’Etat, en complément des aides des collectivités locales et des actions humanitaires portées à bout de bras par les militants associatifs.
J’aurai souhaité vous faire part de la nécessaire médiation qui doit être mise en place entre les collectivités, les services de l’état et notamment les services de police, et les militants de la solidarité.
Je crois que la proposition de loi que vous comptez proposer doit aller beaucoup plus loin qu’une simple dépénalisation de la solidarité envers des personnes. C’est un bon début mais je vous engage à aller plus loin.
Je reste à votre disposition pour en discuter lors d’un entretien que vous voudrez bien m’accorder.
Dans l’attente, je vous prie d’agréer, monsieur le Député, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Philippe Blet, Premier adjoint de Calais, Président de la Communauté d’Agglomération du Calaisis
Avant le camp No Border, quelques
heures à Calais, ville assiégée
Depuis le 23 juin et jusqu'à la fin de la semaine, des militants hostiles à la politique européenne d'immigration se sont installés à Calais, où ils organisent le camp « No border ». Ils réclament la liberté de circulation pour tous et la fin des frontières et des contrôles migratoires.
Une grande manifestation aura lieu à Calais samedi à 10 heures, mais une riveraine nous a raconté son passage dans une ville « en état de siège » où elle transitait par hasard, en début de semaine. Récit.
La manifestation de « No Border » (« Contre les frontières ») attise très visiblement l'esprit sécuritaire de notre pays. Même quand on n'est pas au courant de ce qu'il se passe dans cette ville, et même si on ne la connaît pas, ça saute aux yeux.
Il suffit déjà de prendre le périphérique de Calais le 22 juin dans la matinée pour croiser un convoi de gendarmes formé d'une quinzaine de camionnettes. Le convoi roule au pas et à vitesse régulière. On ne sent pas les gendarmes pressés.
On comprend vite que le rythme ne doit pas être ralenti par le dépassement intempestif d'un véhicule civil. Autant dire que les voitures à côté ne dépassent qu'avec timidité tout le convoi. Sitôt la surprise passée, on passe quand même à autre chose.
A quoi ressemble Calais par exemple ? A une grande banlieue en travaux ! On a déjà entendu parler de Calais, mais seulement via Sangatte. Justement, le lieu est indiqué sur un panneau. On évite et cherche « Calais centre ».
On croise un terrain vague encerclé de grillages, qui laissent toutefois une grande ouverture. A l'intérieur, assis ou debout, près d'une centaine de personnes étrangères, on le devine, semblent attendre là sans avoir rien à faire. Il s'y trouve deux ou trois camionnettes qui distribuent on ne sait quoi ! Des vivres, peut-être.
Toutes les personnes présentes semblent venir du même coin de la planète. Ils ont la peau mate, ils sont jeunes et à première vue, il n'y a que des hommes. On se dit que c'est ça aussi, Calais. Au fond on n'est pas étonné.
Ça va, ça vient, par ferry, par le tunnel sous la Manche… Y-a-t-il d'autres moyens ? En tout cas, pour en avoir fait l'expérience, par tunnel, n'y passe pas qui veut. A Calais, les douaniers sont vigilants. Passeports et soutes à bagages sont ultra contrôlés. Ça énerve les « No Border ».
Nous, on n'était même pas au courant que ça existait ça, des gens qui s'opposent aux frontières. Il n'y a tellement « plus de frontières »… sauf entre la France et l'Angleterre, et en particulier entre Calais et Folkestone.